Récemment, le collectif R.A.P.P.E.L (Réseau d’Action Pour la Promotion d’un Etat Laïque) s’est targué de classer les candidats aux élections entre bon et mauvais laïques ! Les bons étant ceux qui répondent 10 fois oui à un questionnaire fermé et particulièrement  peu nuancé !

En tant que partisan d’une laïcité institutionnelle, à savoir, la relégation des convictions religieuses et philosophiques dans la sphère privée, j’ai répondu à ce questionnaire. Si j’ai souscrit sans hésitation à 8 des affirmations, 2 m’ont mis mal à l’aise :

  • « La présence de lobbys religieux au sein du Parlement européen constitue une entorse inacceptable à la laïcité. »
  • « Les signes d’appartenance philosophique, politique ou religieuse devraient être interdits au sein des établissements scolaires (pour les élèves comme pour les enseignants). »

Voulant apporter des nuances à ces propos, je me suis donc abstenu de répondre par oui ou non et ai fait part de mes commentaires. Le collectif RAPPEL assimile l’abstention à une réponse négative, ce que je trouve fallacieux. Je profite donc de cette tribune pour mettre les choses au point:

  • Si je déplore personnellement que des lobbys religieux soient toujours actifs et que je ne partage pas du tout les idées qu’ils propagent, il me paraitnormal qu’ils s’expriment dans l’enceinte du parlement comme partout ailleurs. Le parlement est, par définition, un lieu ou s’entrechoquent différents courants de pensée. Du moment que tous puissent s’exprimer librement, je n’y vois pas malice. En tout état de cause, ce qui est important, c’est de garantir que les parlementaires gardent leur libre arbitre que ce soit au moment où ils rédigent les textes ou au moment où ils expriment leur vote. D’un point de vue pragmatique, je ne vois pas comment on pourrait interdire des lobbys de s’exprimer, sans atteinte à notre liberté d’expression.
  • Tout comme les fonctionnaires ayant une fonction qui leur confère une autorité, les enseignants ont, non seulement, autorité sur leur élèves mais constituent aussi un référent social. Pour ces raisons, ils se doivent d’adopter une attitude neutre et ne peuvent, à mes yeux, arborer un signe d’appartenance philosophique. Par contre, je suis convaincu que c’est par l’éducation que l’on combattra le mieux l’obscurantisme religieux. Il me parait donc totalement contre-productif d’interdire l’accès à l’école à celles qui ont choisi (ou qui sont contraintes) de porter le voile. Je citerai à titre d’exemple, Nabela Benaïssa que tout le monde a vu voilée à 18 ans et qui au sortir de ses études de droit l’a laissé tombé, ce voile. C’est, par contre, le rôle de l’école et du corps éducatif que d’éviter que des filles le portent sous la contrainte.

Par contre, c’est sans restriction que je souscris aux 8 affirmations restantes, à savoir :

  • Le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses, philosophiques ou politiques, dans l’exercice de ses fonctions, constitue un manquement à ses obligations.
  • Les usagers des services publics ne peuvent récuser un agent public ni exiger une adaptation du fonctionnement du service public ou d’un équipement public à leurs convictions particulières, qu’elles soient d’origine religieuses ou ethniques.
  • La critique des religions ne peut être assimilée à du racisme, sous peine de restrictions inacceptables à la liberté d’expression.
  • L’Etat n’a pas à financer les cultes en tant que cultes (en ce compris la laïcité organisée), mais seulement les aspects de ceux-ci qui ont une utilité sociale avérée.
  • Les cours de morale et de religion dans l’enseignement officiel devraient être remplacés par un cours commun à tous les élèves où pourraient être abordées des questions touchant à la citoyenneté, à la philosophie, au fait religieux, etc.
  • Il n’est pas acceptable que le contenu des cours ou l’organisation de la vie scolaire soient contestés pour des motifs liés à la religion.
  • Il importe de distinguer la sphère privée et les lieux publics, dans lesquels la plus grande liberté doivent prévaloir, de la sphère institutionnelle, dans laquelle la neutralité doit être de mise pour les fonctionnaires, en tant qu’ils représentent l’Etat.
  • L’inscription du principe de laïcité dans la Constitution belge serait une bonne chose.

Je voudrais quand même terminer par préciser que si je suis personnellement athée et laïque, je ne suis pas antireligieux. Simplement je considère que si l’état doit nous garantir à chacun le droit d’avoir des convictions et de les exprimer, il n’est pas de son ressort de nous imposer une quelconque marche à suivre ou de financer les cultes.

Néanmoins, en l’absence de consensus au sein de notre société pour supprimer la subvention étatique des cultes, il me semble aussi opportun de se battre pour une juste répartition des subsides alloués aux différents cultes et à la laïcité organisée. A défaut de mieux, je souscrit entièrement à la proposition d’Ecolo de soumettre la répartition des fonds alloués aux différents cultes et à la laïcité organisée à un recensement quinquennal (Programme Fédéral; livre III, page 123) .>

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